Le Saviez vous : Le Haras du Pin lors de la Révolution Française


De la chapelle du Haras national du Pin, il ne reste de visible que le clocheton, rénové fin 2009, grâce à l’intervention, notamment financière, de la Société des Amis des Haras nationaux. Elle fut pourtant un élément essentiel de la vie du Haras, et, lors de la Révolution Française, le caractère et l’influence de son chapelain, l’abbé Jacques de Marres, contribua à sauvegarder l’ensemble du Haras.


« Le roi Louis XVI, ayant sous-estimé l’ampleur de la révolte

qui grondait, ne put éviter le coup de tonnerre qui survint

le 29 janvier 1790 sous forme d’un décret de l’Assemblée

Nationale abolissant purement et simplement « le régime

prohibitif des Haras ».


La vente des étalons et du domaine fut ordonnée, mais le Conseil Général de l’Orne demanda la conservation du Haras du Pin dans le domaine public. Une pétition de propriétaires, marchands et fermiers du département se joignit à cette demande.


Le temps passant, les assemblés délibérants, en septembre 1791, le Directoire de l’Orne chargera le Sieur Citoyen Larmande d’assurer la régie du Haras d’Hiesmes, le Directeur LAMBESC ayant quitté son poste précipitamment et s’étant exilé discrètement à l’étranger.

Larmande, tout fier de son état, arrivera au Pin, sans préparation, sans autorité, sans prestige et ne réussira rien du tout, sauf à essayer, sans davantage de succès, à faire désaffecter et détruire la chapelle en ordonnant de brûler les mobiliers et les ornements.


« L’Etat Major » du Haras du Pin, toujours salarié de l’administration, restera en place solidaire et déterminé, sans aucune sorte de bienveillance pour l’intrus qui arrivait. Le château abandonné abritait le mobilier personnel et en péril du Prince de LAMBESC. « Résistaient » sereinement, chacun à sa tâche, l’architecte François Gautier du Parc, le chirurgien Pierre de Saint-Latine, le premier piqueux dans son habit somptueux, le maître-sellier, le pourvoyeur de fourrage, l’écrivain sous-régisseur, le garde-chasse, les jardiniers, les palefreniers, les concierges et les journaliers, tous encouragés et « guidés » par le plus réfractaire d’entre eux, l’abbé Jacques de MARRES, chapelain du haras.

Devant cette situation de blocage, en décembre 1791, les Administrateurs de l’Orne enverront au Pin une commission d’enquête qui conclura à la bonne administration du haras par le Sieur LARMANDE. C’est à ce stade que la municipalité du Pin sonnera la charge en ce dimanche 8 avril 1792 à l’issue de la messe de l’église paroissiale. Une délégation d’élus montera au haras, entrant dans l’établissement et se dirigeant fermement vers les portes de la chapelle sur lesquelles ils apposeront autoritairement des scellés avec cette inscription : « De la Municipalité du Pin, Défense de tenter l’ouverture de ces portes, sous quelque prétexte que ce soit. » Voilà un grand succès qui sauvera la chapelle puis, peut-être, le haras. Malgré ce haut fait d’armes, l’établissement traversera une année 1793 extrêmement difficile avec la nomination d’un nouveau directeur, le Citoyen Théobald WAGNER, ancien officier homme de cheval, chargé de la vente définitive des étalons, des biens immobiliers et mobiliers, des terres et des bois. Dans le contexte et l’ambiance locale, ce directeur fera traîner les choses, évitera les heurts et surtout une limitera une trop grande dispersion des étalons qui réintégreront l’établissement au lendemain de la loi du 2 germinal de l’an III, rétablissant quelques dépôts d’étalons en France, dont celui du Pin.


Entre temps, l’abbé MARRES avait quitté les lieux sans remplaçant. La chapelle définitivement désaffectée sera vidée de ses biens et transformée en celliers pour les appartements attenants.


Le décret impérial du 4 juillet 1806 rétablira définitivement les haras publics et commandera de nouvelles extensions au Haras du Pin.

Devenue invisible, tant de la grille et de la cour d’honneur que de la cour Ouest, la chapelle domestique du Haras du Pin tombera vite dans l’oubli et, faute de soins, sa toiture, seul vestige encore apparent, partira en lambeaux. Devant la détermination de quelques uns, cette toiture et son clocheton, seront restaurés à l’automne 2009 en respectant les instructions de l’Administration des Monuments Historiques de l’Orne, imposant la pose d’ardoises d’Angers fixées aux clous de cuivre ».


Tanneguy de Sainte-Marie